Temps perdu

Publié le par travaildudimanche.over-blog.com

Temps perdu.


lorsque les salariées de ED se sont mises en grève, je ne me suis pas senti concerné, je ne travaillais pas dans cette enseigne ;

Lorsque la CFTC les a soutenues, je n'ai pas bougé, je ne suis pas à la CFTC ;

Lorsque la CGT a pris le relais, je n'ai pas bougé davantage, je ne suis pas syndiqué ;

Lorsque de nombreuses personnes se sont rassemblées chaque dimanche, je n'ai pas bougé, je n'aime pas la foule ;

Lorsque les manifestants se sont énervés, bloquant les parkings, je n'ai pas bougé, j'ai peur de la violence ;

Lorsque le maire et l'évêque se sont mêlés de l'affaire, j'ai pensé qu'ils n'avaient pas besoin de moi ;

Lorsque le collectif a entrepris des démarches pour que ED et Intermarché n'ouvrent pas le dimanche, je ne me suis pas senti concerné, je ne fais pas mes courses dans les grandes surfaces ;

Lorsqu’après un an de résistance, j'ai vu 365 ballons s'envoler dans le ciel, j'ai bien eu un petit pincement au coeur de ne pas profiter de la fête, mais je n'ai pas bougé ;  

Mais lorsque les copains ont voulu m'entraîner avec eux, j'ai refusé, le dimanche est le seul jour où je peux faire la grasse matinée ;

Et puis, j'étais bien content, quand j'étais jeune, de me faire quelques sous supplémentaires en travaillant le dimanche !

Et puis... ça va si vite, il y a le boulot, les soucis de tous les jours. Les autres aussi baissent les bras pour être un peu tranquilles !

Lorsque mon patron m'a imposé de travailler la nuit, contre mon gré, je n'ai trouvé personne pour me soutenir.

Les militants, vieux pour la plupart, étaient fatigués, désabusés.

Les syndicats n'existaient plus, broyés par l'étau impitoyable d'une politique insensée et d'une puissance financière débridée.

Pour ne pas en arriver là, soyons très nombreux à nous indigner et à résister pendant qu'il est encore temps.

 

Juliette Montillet


Publié dans Tribune libre

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